Les ascensions de Columbo à chaque épisode !

Publié le par Aphasique

 


La particularité de la série c’est, bien évidemment, que nous connaissons le nom du coupable dès le début. Alors, certes, le lieutenant réussit à trouver « qui a tué » et « comment », mais sa plus grande réussite, son plus grand tour force, celui qu’il réitère à chaque épisode, c’est d’atteindre - de tout en bas - un monde bien plus haut, et bien plus coloré que le sien. Explications.


Columbo a la particularité de faire désordre. Il est jeté dans un univers qui n’est pas le sien. Les criminels qu’il poursuit sont lumineux, charismatiques ; lui, est, au contraire, la simplicité incarnée. Une simplicité qui tient parfois du « schématique » : pas de prénom, ni pour lui, ni pour sa femme …ni pour son chien. Pas de fioritures donc. Et ça va jusqu’à la caricature : sa Peugeot 403 est une épave, son imperméable râpé ferait passer Jean-Louis Borloo pour une gravure de mode. Il est un pauvre au milieu des riches.

Le chien qui s'appelle ...le chien, Columbo non plus n'a pas de prénom (on aperçoit Frank, sur sa carte de police dans un épisode, mais après enquète : c'est l'accessoiriste qui a pris cette liberté, l'absence de prénom est un choix artistique assumé)

Un pauvre au milieu des riches (qui ouvre grand les yeux)

Il n’a aucune rancoeur : pendant l’enquête, il passe son temps à s’extasier devant toutes les merveilles qui se montrent à lui, dans ce monde de grands bourgeois : « Si je me doutais ! » ; « C’est à peine croyable ! » ; « Si ma femme voyait ça ! ». Il faut dire qu’il travaille à Los Angeles. Ceux qu’il côtoie sont non seulement de grands bourgeois mais pas n’importe lesquels : s’ils brillent autant, c’est parce qu’ils sont toujours, d’une façon ou d’une autres, des artistes : grands magiciens, grands cinéastes, comédiens, musiciens…La dynamique de la série ne laisse peu de place aux criminels timides et torturés. Mêmes les intellectuels y sont plus « cigales » que « fourmis », c’est-à-dire, de « grands professeurs », des « orateurs », des « champions d’échecs » admirés de tous. Quand, dans un épisode, il poursuit un homme censé avoir une intelligence remarquable, c’est le président d’une association regroupant des surdoués …qui ne se réunissent que pour des raisons futiles : des surdoués « cigales » en somme, qui comparent leurs « grosses intelligences » en jouant à un jeu de lettres et de chiffres dont il est très difficile de saisir la règle.

Sous le capot

Magiciens, comédiens, génies… Le lieutenant est comme un petit vermisseau, regardant de grands et beaux papillons voler plus haut. Il exprime une admiration non feinte à l’égard de ces hommes et de ces femmes d’exception …dont le mérite consiste avant tout à savoir se faire admirer. Tout le contraire du commissaire. Comme un chien dans un jeu de quille, dès qu’il rentre dans l’univers de ceux qu’il titille, il « gène ». Très modeste, il a bien conscience de ce qu’il n’est pas. On le soupçonnera même d’en rajouter un peu. A un personnage venant comme lui d’un milieu populaire, mais devenu depuis une grande productrice de télévision (si elle était restée en bas de l’échelle sociale, elle ne serait pas dans Columbo), il affirmera n’avoir aucune ambition autre que celle de pouvoir vivre décemment : « Non, je ne suis pas un grand homme, moi ». A un acteur jouant le rôle d’un enquêteur, il dira être, hélas, bien moins doué que le commissaire incarné à l’écran pour le comédien. Il passera même l’épisode à demander conseil au commissaire de pacotille ! Pour obtenir son diplôme, il a, selon lui, dû beaucoup plus travailler que ses camarades de l’école de police. Au fameux président d’une association de surdoués, il dira même ne pas être « très intelligent ». Et les interlocuteurs, ceux qu’ils soupçonnent, ne le contredisent pas (ou alors juste en surface). Ils le regardent du haut de leur prestige. Il le trouve dépourvu d’intérêt. Ces représentants de la classe supérieure – qui connaissent, eux, tous les codes de bonnes conduite – s'intéressent peu à ce représentant du petit peuple qui reste dans leurs jambes. Sauf quand ils en prennent leur parti et décident de s’amuser un peu des maladresses du policier : ils l’entraînent dans des fêtes prestigieuses, dans des numéros de spectacle…


Beaux joueurs : le lieutenant menace mais devient admirable

Chaque épisode suit le même schéma. L’admiration n’est pas réciproque. Les riches soupçonnés ne soupçonnent , quant à eux, vraiment pas les ressources du lieutenant. Ils le prennent pour le dernier des imbéciles …et trouvent qu’il a une façon très singulière – et inefficace – de mener son enquête. Noyée dans la condescende, éprouvent-ils, tout au plus, un peu de sympathie envers ce personnage lunaire. Sympathie qui ne reste pas en l’état bien longtemps. Le lieutenant est un acharné. Il deviendra vite pesant. Encore (environ) vingt minutes plus tard, chose nouvelle, il commencera à devenir dangereux. Mais étrangement, l’animosité des coupable ne grandit pas. Elle a même tendance à diminuer. C’est même leur condescendance qui s’en va peu à peu. Quand, vers la fin, Columbo déroule tout le film de son raisonnement, il s’appuie sur une multitude de petits détails. L’accusé est le plus souvent très attentif à l’explication. Columbo explose : il révèle son analyse mais surtout « se » révèle. Quand il explique pourquoi il « sait », pourquoi « il en est persuadé », c’est un magnifique Ping Pong qui a lieu. L’accusé répond autant pour éviter la prison que pour pouvoir « voir encore plus loin » où peut bien mener cet admirable cheminement intellectuel. Celui qui est démasqué éprouve moins une animosité qu’une admiration sincère. Quand Columbo dépose la dernière pièce de son puzzle, l’accusé ne nie pas. S’il peu, il s’accroche aux branches et ajoute simplement qu’il manque une preuve irréfutable (le puzzle de Columbo n’a souvent rien d’orthodoxe et n’a pas de valeur judiciaire). Aussi, à la toute dernière minute, Columbo conclut-il réellement l’intrigue en sortant une vraie preuve de derrière les fagots. Une preuve souvent moins « intégrée » dans la narration générale, moins intégrée que son grand puzzle fil rouge. Cette preuve est souvent le résultat d’une analyse du laboratoire de la police – qui n’a donc rien de « discursive ». Une preuve qui nous aurait logiquement - sur le plan de la justice - dispensés du long discours qui a précédé …mais que n’aurions nous pas loupé ! C’est la preuve finale qui est le moins intéressant. L’important, le magistral, a eu lieu juste avant, une véritable conversion : L’artiste, l’intellectuel, le champion a regardé le lieutenant comme son égal. Le lieutenant est devenu lui-même artiste, intellectuel, champion. Il a vengé les pauvres dans un monde de riches, les moches dans un monde de beaux, les étourdis dans un monde de rationnels… Le futile surdoué dira même : « Mais Columbo combien avez-vous de Q.I ? Combien ??? Vous êtes un génie ! ». Oui, Columbo est un génie et rend sa série géniale.

Lieutenant caméléon

Columbo, voleur de couleurs

A la télé, parmi les œuvres les plus admirables, il y a Columbo. Admirable, d’abord parce qu’elle joue avec les codes classiques du genre. Savoir qui a tué dès le début c’est un sacrée trouvaille. Mais c’est surtout – nous croyons – le moyen d’évacuer toute une partie du récit classique pour laisser la place à la vraie « réussite » du lieutenant pendant chaque enquête : Comment  va-t-il accéder à, puis forcer l’admiration de, et finalement mettre à mal …un « monde qui brille » ? Ses enquêtes n’imposent pas de critiques sociales, simplistes, binaires. Pas de revendication ni de dénonciation. Elles décrivent non seulement un enrichissement (Columbo apprend plein de choses) mais aussi une forme de complicité qui s'installe entre un vieux chat (qu'on penserait fatigué) et une jolie souris ...ou plutôt un beau papillon. En s’intéressant à la création musicale du chef d’orchestre, à la palette du peintre, au cadrage du réalisateur, Columbo est surtout un caméléon. Derrière son apparente grisaille, c’est un caméléon qui volera, tout au long de l’épisode, des « couleurs » à celui qu’il poursuit. Juste avant de l’enfermer en cage.

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Catherine 25/02/2009 16:45

Très intéressant cet article sur Colombo. J'avoue que moi aussi, je le trouve génial.

Aphasique 28/02/2009 21:50


merci catherine !

(je viens de voir sur votre blog la signification de ce code obscur qu'on trouve sur tous les bouquins, le code ISBN, et ça me parait effectivement plus clair maintenant !)


ladybook 21/02/2009 17:51

Je préfère aussi la version Regiani, mais ce dernier n'étant pas moustachu, j'ai du m'adapter... ;-)

ladybook 20/02/2009 23:40

J'avoue avoir eu longtemps un faible pour cette série mais je trouve qu'elle commence à vieillir (ce qui, en même temps, paraît normal...)
La caricature est superbe !
Un peu solitaire cet homme, non ?
http://www.youtube.com/watch?v=QvFLBs9S8FY
Douce nuit, Mister A,
LadyB

Aphasique 21/02/2009 14:53


J'adore cette chanson, je la connais par coeur. Mais plutôt chantée par Serge Reggiani... (c'est Moustaki le parolier je crois, comme votre fille a 20 ans, et plein d'autres, vous avez tapé dans le
mille)


alix 20/02/2009 19:04

"CAPRI C EST FINI " Herve VILARDenvoyé par richardanthony

alix 20/02/2009 19:03

attention gentleman et gentleman pas de moustaches mais alors un mal de tête ben oui c'est pas zuste défi pas tenu
oui oui je sais pas ta faute nananananana
http://www.dailymotion.com/video/x26loa_capri-c-est-fini-herve-vilard

Aphasique 21/02/2009 14:50


toi, je vais t'envoyer ton nouveau défi, nananananananana