Un dîner (presque) parfait, une émission (presque) sympa

Publié le par Aphasique




C’est le succès du moment sur M6. A tel point que la quotidienne de la Star Academy peine à lutter (voir , , et ).



Chante, chante, chante... Ca pour chanter, ça chante. Et puis, ça se frite, ça buzze même. Tant que ça peut. Mais ça ne change pas grand chose. L'audience de TF1 patine alors qu'en face, c'est plutôt le champagne. Après une nouvelle semaine record pour M6 (jusqu’à 22 % de Part d’Audience), le programme devrait revenir en prime time pendant les fêtes.

Mais pourquoi ça marche autant ?



Des candidats (presque) gentils.

Peut-être les avez-vous remarquées : on voit fleurir des affichettes dans les bars de province pour recruter des hôtes. Normal, avec le Dîner (presque) parfait, ce sont les candidats qui font le spectacle. Mais diantre ! que les gens sont méchants entre eux ! Pinailleurs pour une nappe mal dressée, des couleurs mal assorties, un pli, une fleur fanée… Ils décortiquent tout ! Les vannes fusent vite …mais ne volent pas haut. Comme leurs saladiers cerises, les convives sont souvent profonds …dans le sens de creux.

Saviez-vous que présenter certains plats dans les bocaux (1) c’était, il y peu, très à la mode mais que (2) à l’instant T c’est devenu déjà has been ? Ben oui, en regardant l’émission on apprend que « le coup des bocaux », on l’a déjà trop vu dans les magazines de cuisine…

Que les gens soient méchants, en soi, ce n’est (presque) pas gênant …mais méchant pour si peu ! C’est à désespérer de l’espèce humaine.

L’étymologie de « Snob » c’est « sans noblesse », le programme en offre la parfaite illustration. S’il fallait écrire une suite aux Mythologies de Barthes, le Dîner (presque) parfait pourrait (parfaitement) servir de cas d’école pour illustrer ce qu’est devenu, en 2008, l’esprit Petit bourgeois.

Des candidats (presque) naturels

Grands bourgeois sans doute, et pas que dans l’esprit, ce sont les producteurs. Pour eux, c’est tout bénéfice. Vous allez rire : Les candidats sont défrayés à hauteur de - tadada suspense - 100 euros par repas ! Quand on connaît le prix de 30 secondes de publicité à cette heure-ci sur la chaîne, ce petit billet devient (presque) une insulte. Ca valait bien la peine de se dire autant de mal.

Pour seulement 100 euros, vous devez achetez les aliments, vous tuer à la tâche toute une journée, vous déplacez toute la semaine chez vos hôtes et surtout … vous devez préparer le repas devant une équipe de télévision qui vous demande de commenter tout ce que vous faîtes ! C’est tellement habituel, comme démarche, quand on fait la cuisine.

Enfin, on a (failli) oublier : pour 100 euros, vous devez noter les repas de vos concurrents. S’il n’y avait que la cuisine à évaluer (après tout, pourquoi pas…), mais non, vous devez aussi évaluer sur la même échelle en 10 points, la présentation générale et, pire que tout, l’ambiance ! Un candidat peut dire, par exemple : « Le moment a été sympa mais avec des moments d'ennui, en fait : il a été agréable "à hauteur de 6 sur 10" ». Et ça passe comme une lettre à la poste. En réalité, le candidat dira plutôt, tout naturellement : « Pour l’ambiance, je mets 6 ». Mais il n’empêche que ça n’a rien de naturel ! Là aussi, il y a quelque chose de très actuel, dans cette maladie des notes.

En cette (presque) dernière année de la décennie, la télévision est très pointue !

Non, ne sautez pas au plafond ! Pointue dans le sens d’une aiguille qui vient piquer les orteils. Pointue comme l’ironie – à tout prix, sans rien derrière. Pointue comme la courbe d’un classement, comme le nom d’un vainqueur qu’on annonce, qu’on annonce, et qui arrive finalement, inexorablement, à la fin d’un programme – avec, en prime, une moyenne arrondie à la première décimale.  

Un chiffre qui sanctionne la présentation (nappe, beauté des aliments, fleurs, décorum…), ou qui résume l’ambiance d’un repas, c’est comme un tampon qui – Paf ! – tombe, en fin de semaine, sur le front de ces anonymes gourmets. Et en public. Alors bien sûr, c’est moins sanglant que le couperet d’une guillotine, mais c’est tout aussi aiguisé. Le recours à la mesure n’est pas anodin. Pourquoi veut-on classer ce qui, normalement, échappe à la mesure objective ?

A défaut de réponse, une tentative d’inventaire ici, dans Le grand classement des 100 classements les plus débiles de la télévision.

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